Les qualificatifs ont fusé, acerbes,
contradicteurs et mordants, parfois à la limite de l’insulte, voire de
l’ordurier. A en juger: D’une part, « trahison des martyrs »,
« funérailles de la révolution », « Honte nationale », « parodie de
justice » « procès scandale ». D’autre part, « dossier vide», « fonds de
commerce du sang », « dossier vide », « instrumentalisation des parents
des victimes », « dossier vide ». Là où un groupe fustige la justice à
deux vitesses, l’autre fait valoir le triomphe de la justice. Là où le
droit s’effondre est là où il est élevé aux nues. A quel saint en robe
se vouer ?!
La controverse, plus politique que
judiciaire, était prévisible tant le dossier a été infesté d’ambigüité,
et de manipulation. Des questions déchirantes se posent encore :
- Comment se fait-il que le dossier des
martyrs et blessés de la révolution ait trainé pendant plus de trois
longues et pénibles années ? Normalement un pouvoir issu des entrailles
de la révolution aurait inscrit ce dossier au premier rang de ses
priorités. Pourquoi la Troïka, forte de sa légitimité et de son autorité
n’en a rien fait ? Un parti comme le CPR, membre de la Troïka, qui a
fait des martyrs et blessés de la révolution le clou de sa campagne et
de son discours, a pourtant laissé pourrir le dossier sans sourciller
pour venir aujourd’hui, après le verdict de la cour d’appel militaire,
crier sa désapprobation sur tous les toits et surenchérir sur la
question.
- La justice transitionnelle qui devait
être parmi les premiers chantiers ouverts par le gouvernement de
transition, notamment de la Troïka, est restée bloquée
jusqu’aujourd’hui. Certes la loi organique définissant les fondements,
les champs d’application et les dispositions de traitement de la justice transitionnelle
a été bien adoptée à l’ANC mais le principal pilier de son mécanisme de
déploiement, à savoir l’Instance Vérité et Dignité, végète encore. A
s’en demander pourquoi ? N’y a-t-il pas anguille sous roche ? Si la
Troïka avait accéléré, à temps, l’opérationnalisation du processus de
justice transitionnelle, on n’en serait certainement pas là !
- Pourquoi réclamer aujourd’hui d’en
dessaisir la justice militaire et en charger de nouveau la justice
civile alors que celle-ci, quand le dossier était sous ses regards, n’a
rien fait de bon, se contentant, de guerre lasse et en désespoir de
cause, de refiler l’affaire à la justice militaire ? Quelles sont les
raisons de cette volte-face ?
- Selon quelles procédures et pour quels
motifs le chef d’accusation a été modifié de « meurtre prémédité » à
« non-assistance à personne en danger » et « homicide involontaire »?
Sans se prêter à un procès d’intentions ou désigner à l’avance des
fraudeurs, d’aucuns estiment qu’il est tout à fait logique que des voix
s’élèvent pour soupçonner une manœuvre politique ou un arrangement de
coulisse ou même un souffle rampant d’impunité.
Chacun s’est fendu de son communiquée
soit pour épingler la justice militaire, par moments avec des termes
très durs. Soit pour mette l’accent sur l’impératif de respecter
l’impartialité de cette même justice. Le problème c’est que celui qui
peste le plus et lève plus haut son bouclier, de part et d’autre, n’a
aucune connaissance des dessous et des détails du dossier.
En tout état de cause, il reste le
recours à l’instance suprême, en l’occurrence, la cour de cassation. Son
jugement pourrait éclairer bien de lanternes ou donner raison à ce camp
ou à l’autre.
En conclusion, le dossier des martyrs et
blessés de la révolution a fait l’objet de trop de politisation, de
trop de magouille, voire même de tricherie pour que l’opinion publique
tunisienne, forcément néophyte en matière de droit et ignorante des
tenants et aboutissants de l’affaire en question, soit en mesure de
trancher et de choisir son camp.
Par ailleurs, la part subjective et
morale de la question est un élément éminemment important pour
comprendre le débat houleux ambiant car aucun tunisien n’accepte que
les martyrs et blessés de la révolution ne soient pas vengés et que les
vrais coupables n’en soient pas identifiés, jugés et sanctionnés dans le
cadre d’un procès équitable, transparent et objectif et non dans un
simulacre de procès. Il s’agit d’être juste et légal et non revanchard
et haineux.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire